Contribution à la gestion collective de la crise sanitaire liée au coronavirus

Cette contribution fait suite une lettre ouverte à Jean-Louis Fousseret concernant la confection de masques. Elle fait suite également aux mesures d’urgence mises en place par la ville de Besançon, le département du Doubs, mais aussi par la région Bourgogne-Franche-Comté, notamment pour assurer la continuité des services administratifs, l’aide aux personnes fragiles et aux entreprises pour ce qui est de la région.
Notre collectif citoyen se propose donc d’apporter au pot commun de la réflexion et de la gestion collective cette contribution. Elle consiste en un ensemble de propositions de mesures organisées selon 4 grands axes et qui nous paraissent indispensables.

Nous rappelons notre soutien à l’ensemble des Bisontines et des Bisontins dans cette épreuve collective que nous traversons. Nous souhaitons également réaffirmer notre soutien républicain ainsi que notre entière disposition à nos élu·es pour les aider et les accompagner dans cette mobilisation collective qui appelle à la responsabilité de chacun.e.

1.      Limiter la propagation du virus et faciliter l’action des personnels mobilisés

Nous devons prendre toutes les mesures qui s’imposent pour protéger les populations, limiter la propagation du virus et soulager l’action de celles et ceux qui sont premières lignes (personnels soignants, agents de services publics essentiels…). Ces mesures doivent pouvoir se faire en application du pouvoir de police administrative des autorités locales face aux carences gouvernementales.

  • Instaurer la gratuité d’accès aux compteurs d’eau et des mètres cubes indispensables à la vie pendant toute la période de crise sanitaire. Nous nous félicitons de la réouverture par la ville de points d’accès à l’eau et de toilettes dans les espaces publics. Pour autant l’accès à l’eau, ressource déjà vitale en temps normal, l’est encore plus aujourd’hui dans le cadre des gestes barrières.
  • Continuer à assurer un équipement et des achats nécessaires pour fournir des « Équipements de Protection Individuelle » à tous les agents municipaux, bénévoles, les travailleurs sociaux, médicaux et paramédicaux.
  • Actionner le levier de la commande publique et mobilisez les entreprises locales, pour assurer une production suffisante de masques, en prévision du déconfinement, pour équiper toute la population. C’est en ce sens que nous avons adressé la précédente lettre ouverte à Jean-Louis Fousseret.
  • Mettre en place une cellule spécifique dédiée à aider concrètement les personnels soignants mobilisés (garde d’enfants, logement, déplacement, soutien…).
  • Mettre à disposition des piscines municipales pour les professionnels en contact avec le public et qui voudraient prendre une douche avant de rentrer chez eux. Ceci permettant un sas de décontamination. Cela se fait déjà dans certaines villes de France (ex : Denain).
  • Prendre un arrêté exigeant l’interruption de tous les travaux non urgents sur le territoire communal et la fermeture des entreprises hors secteurs essentiels.
  • Organiser des services de transport, notamment à la demande, exclusivement dédiés aux agents des services publics mobilisés et à tous les travailleur·ses du soin n’ayant pas de véhicule personnel.
  • Engager une réflexion avec les personnels soignants et les scientifiques sur la nécessité de mettre à disposition des équipements d’hébergement et de chambres, y compris par la réquisition, dédiés au logement des personnes infectées par le virus pour leur permettre un véritable isolement par rapport à leurs familles. Réfléchir également à utiliser des équipements de type dortoirs scolaires pour proposer un lieu de repos distinct du foyer familial pour les soignant·es ou tout·e autre salarié·e contraint·e de travailler au contact de malades potentiels.
  • Assurer des conditions de sécurité sanitaire optimale dans les crèches et écoles accueillant des enfants des personnels soignants : approvisionnement régulier en masques, gants, gel hydroalcoolique.
  • Engager avec l’ensemble des services concernés un suivi et recensement quotidien de la pandémie et de ses évolutions dans les hôpitaux, EHPAD et à domicile afin d’avoir au niveau communal, départemental et régional la possibilité d’anticiper les moyens à mobiliser.

2.      Protéger les plus vulnérables

Le confinement n’est pas une situation naturelle pour l’être humain : s’il peut être nécessaire temporairement pour limiter la propagation du virus, il peut produire des situations de détresse. La crise sanitaire aggrave et révèle les inégalités : elle touche plus durement les plus vulnérables. L’entraide doit être, pour le service public local, un étendard.

  • Appliquer une suspension des loyers pour les locataires d’un HLM en situation de grande précarité, pour ensuite envisager une diminution pour les familles fragilisées par cette crise, à la sortie du confinement.
  • Prendre un arrêté portant moratoire sur toutes les coupures d’eau et électricité pour impayés.
  • S’assurer de la prise en charge immédiate des femmes et enfants victimes de violence
  • Assurer un hébergement d’urgence adapté aux mineurs migrants, sans attendre, et ce même si cette mission est de la responsabilité du département. En effet, pour faire suite au courrier envoyé à la préfecture par des associations bisontines au sujet de l’hébergement d’urgence, nous attirons votre attention sur ce point.
  • Ouvrir l’accès à la boutique Jeanne Antide le soir en plus du midi, pour permettre la distribution de repas aux personnes précaires et/ou à la rue.
  • Recenser toutes les personnes de plus de 70 ans et/ou en situation de handicap et établir avec ces personnes un contact téléphonique quotidien avec le CCAS. Sur ce point la ville semble avoir mis les moyens dans le cadre du plan canicule.
  • Reporter les abonnements de bus, tramways, et tout abonnement à des infrastructures publiques (piscines, patinoire…).
  • Pérenniser l’assistance psychologique par téléphone mise en place par le CHRU de Besançon, pour toutes les personnes qui supportent le moins le confinement, en s’appuyant sur des psychologues qualifié·es.
  • Permettre le confinement des personnes sans domicile fixe avec mise à disposition de lieux publics adaptés et de personnel d’accompagnement qualifié pour veiller au respect de mesures de sécurité sanitaire. Si les places d’hébergement manquent, réquisitionner les hôtels touristiques, logements vides, logements AirBnB si nécessaire.
  • Organiser la distribution de « chariots-quarantaine » avec les produits de première nécessité pour toute personne qui en formule le besoin : sucre, pâtes, riz, huile, savon, légumes disponibles et produits locaux…

3.      Veiller aux besoins essentiels de la population

Dans cette situation de crise sanitaire qui révèle et aggrave les inégalités, le service public communal doit être de permettre à toutes et à tous de subvenir à leurs besoins essentiels.

  • Permettre l’approvisionnement en produits de première nécessité en s’appuyant sur les producteurs locaux particulièrement touchés par la crise sanitaire et le confinement. Mettre en place des marchés virtuels et de plein air sous des formes adaptées aux conditions sanitaires.
  • Mettre à disposition des familles en situation de précarité numérique des outils (tablettes, ordinateurs reconditionnés, connexion internet…) gratuitement pour permettre à toutes et tous d’accéder aux ressources éducatives et culturelles. Le département et la région semblent vouloir aller dans ce sens, il faut s’assurer que chaque enfant qui en a besoin en bénéficie.

4.      Anticiper la sortie du confinement

Le confinement ne peut être qu’une situation temporaire, qui ne saurait être prolongée dans la durée. Le rôle des pouvoirs publics est d’anticiper dès à présent l’ensemble des mesures à prendre dès que le confinement sera levé et limiter ainsi le risque d’une nouvelle vague épidémique : dépistages massifs, mesures de protection… Le service public communal doit et peut également contribuer à cet objectif. 

  • Anticiper la mise à disposition de lieux nombreux de dépistage et leur aménagement, en lien avec les hôpitaux et autorités sanitaires, pour permettre de réaliser les tests massifs qui seront nécessaires dans des conditions sécurisées, en évitant une nouvelle saturation des structures de santé.
  • Mettre en place des points de distribution publique de masques, gel… pour faire face, cette fois, à l’afflux de demande et permettre à chacun·e le respect des gestes barrières.
  • En vue d’aider les élèves qui auront pris du retard, éviter leur découragement et un éventuel décrochage post-confinement, refuser toute fermeture de classe à la rentrée prochaine et obtenir des moyens renforcés.
  • Préparer un plan de soutien à l’économie locale notamment pour le commerce de proximité, favoriser la relocalisation d’activités et généraliser les circuits courts.
  • Stopper les projets destructeurs de biodiversité : non à l’urbanisation des Vaîtes, des Planches, et du doublement de la RN57. La destruction de la biodiversité fragilisant les écosystèmes humains.
  • Instaurer une règle verte pour ne plus prélever à la nature plus que ce qu’elle peut reconstituer et soutenir la mutation écologique des systèmes agro-alimentaires.


L’urgence sanitaire nous oblige. Y faire face aujourd’hui mais aussi construire, dès maintenant, le monde d’après nécessitent de tourner le dos à toutes ces politiques qui ont fait de l’individualisme, de la compétition, du tout marché, de la mondialisation et de la prédation humaine sur notre environnement les boussoles de leurs actions.

Solidarité, démocratie, écologie… Plus que jamais, ces valeurs doivent être au cœur de nos actions, dès maintenant. Pour finir, nous sommes convaincus de deux choses : c’est par l’intelligence collective que nous trouverons les moyens de sortir de cette crise, le monde d’après a déjà commencé et c’est ce mouvement qu’il nous faudra accompagner et favoriser.

Nous restons donc disponibles pour aider à accompagner ce grand vent de solidarité, d’entraide et de changements, pour le bien des Bisontines et des Bisontins.

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