Le soir j’applaudis, par Eva Oberson

C’est devenu un rituel, le soir, à 20h j’applaudis…. pas parce que c’est une injonction des bien-pensants ou d’un gouvernement dont j’exècre la logique. Encore moins parce que j’ai peur du virus et que je me rends seulement compte maintenant que nos soignant·es sont essentiel·les.

J’applaudis car c’est tout ce que je peux faire.
J’applaudis car c’est le seul moyen que j’ai pour monter mon soutien à celles et ceux qui ont accompagné mes luttes, à celles et ceux que j’ai soutenu dans leurs luttes depuis des années.
Car aujourd’hui je suis confinée et  impuissante face à cette situation.

Crédit Photos : Sylvain PRÉGALDINY

En 1998 j’ai sauté les barrières de mon collège pour me joindre à mes premières manifestations contre le plan Allègre qui voulait “dégraisser le mammouth de l’Éducation nationale”. Combien de fois, ma voix anonyme s’est-elle unie aux cris d’un peuple qui se mobilise pour défendre la cause commune? Je ne sais plus…

Mais j’ai bien en mémoire cette journée d’hiver 2018 où notre camarade et ami Marc Paulin nous a appelés pour défendre l’hôpital public. J’ai en mémoire les paroles de Marc et du professeur Laurent Thinès qui disaient, déjà à l’époque, que Monsieur Macron et son gouvernement mettaient plus de moyens dans la répression que dans l’hôpital.
J’ai encore en mémoire le SOS des soignant·es qui savaient qu’à force de considérer l’hôpital comme une usine poussée à la rentabilité financière plutôt qu’une ressource et un bien commun dans lequel il faut investir, on finirait dans une situation où on en serait réduit à compter les morts.

Crédit-Photos : Eva Oberson

Je n’oublie pas la colère des blouses blanches unie à la colère d’un peuple qui refuse la société individualiste et déshumanisée dans laquelle les politiques nous poussent à grand renfort de plan d’austérité pour les classes populaires.

Crédit-photo : Est Républicain

Je n’oublierai jamais la répression injuste et violente et le manque total de respect dont Monsieur Macron et sa clique ont fait preuve.
Les tirs de LBD, l’odeur des lacrymogènes, la violence des CRS de la Bac et de tous ceux qui, sous couvert d’ordres, gazaient et matraquaient sans merci des militant·es pacifiste, des soignant·es, des pompiers et des gilets jaunes.

Je n’oublierai jamais le mépris des élites, le dédain des médias conventionnels et l’inaction ou le retournement d’opinions de ceux qui nous croyaient être des irréductibles fouteurs de merdes fainéants qui réclamaient trop.

Le soir j’applaudis, car c’est tout ce que je peux faire pour l’instant. Pour soutenir mes ami·es qui luttent chaque jour, sans armes, pour dire aux soignant·es, que je n’oublie pas mes valeurs, leurs SOS et nos combats.

Surtout j’applaudis pour dire que demain je ne crierai plus des slogans dans la rue.

NON!!!

Demain, je hurlerai ma colère au côté des blouses blanches et des personnes en deuil !

Demain je réclamerai justice à ce gouvernement !

Demain, je réclamerai encore, une société plus juste, plus solidaire ou la valeur des êtres vivant dépasse celle du capital.

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