Rencontre avec l’association « Trottoirs Libres »

Samedi 21 décembre, nous avons rencontré Yves Ketterer, de l’association « Trottoirs libres ». Cette association lutte pour le respect de la loi et du Code de la route concernant la voirie et pour une meilleure accessibilité de tout·e·s aux espaces publics.
L’objectif de l’association en sollicitant cette rencontre est que quel·le que soit le/la maire élu·e, la place de la voiture en ville soit revue. Il est rappelé que les citoyen·nes sont 100 % piétons : La marche (ou les déplacements des personnes en situation de handicap) concerne tout le monde. L’accessibilité n’est pas qu’une une question de handicap, elle concerne tout le monde (malades, accidenté·es ponctuel·es, parents avec poussettes, danger pour les enfants, personnes âgées, piétons avec charges ou valises).
« Cela concerne 100 % des personnes, mais semble emmerder 100 % des décideurs ! »

Topographie et état des lieux de l’accessibilité dans la ville de Besançon

La ville de Besançon est contrainte dans l’espace : la boucle du Doubs, les collines… et elle a un coeur historique très dense. Trop souvent il a été oublié de respecter le code de la route, la loi de 2005 concernant l’accessibilité, etc.. Or, dans ses prérogatives le maire doit organiser la ville pour permettre l’accessibilité de tous, et des usager·es les plus vulnérables en particuliers (piétons/cyclistes). Trottoirs Libres rappelle que la largeur des trottoirs doit être de 1m40 minimum libre de tout obstacle et de 1m80 dans les zones à forte fréquentation piétonne.
Après 3 lois en 44 ans, au niveau national, on est à 40 % d’accessibilité pour les personnes handicapées. Dans le baromètre de l’accessibilité de 2013, Besançon se trouvait en 48ème position avec une note de 14,2/20.

L’ensemble du secteur Boucle/Battant/Madeleine est classé « zone de rencontre », la vitesse y est limitée à 20km, mais sans marquage au sol et avec une signalétique trop faible : les citoyen·nes ne savent pas à quoi correspond cette zone. Les aménagements n’ont pas été adaptés au cahier des charges de cette classification, et trop d’automobilistes ne sont pas au courant.
Certains trottoirs de la Boucle ou de Battant sont des parkings permanents. Les résident·es du centre-ville sont tenté·es de faire leur courses à l’extérieur et se garent ensuite sur le trottoir pour décharger leur voiture (voir à ce sujet la vidéo édifiante du Compost). Réguler ce type de stationnement permettrait aussi de relancer le commerce de proximité. Les habitant·es du centre-ville doivent pouvoir retrouver des commerces de proximité pour faire leurs courses à pied, s’équiper avec des caddies roulants, des mini-diables.

Quelques exemples de ce qu’il ne faut pas faire

  • Le quai de Strasbourg a été refait en 2019 sans tenir compte du cahier des charges des zones de rencontres  (normalement pas ou peu de stationnement résidentiel de surface, double sens cycliste partout, …). L’aménagement hybride actuel est celui d’une zone ordinaire.
  • Sur la rue des Granges et la Grande rue : il n’y aucun espace de livraison pour les artisans/infirmièr·es. Or, en « zone de rencontre » le Code de la route en matière de stationnement est clair : on ne peut pas stationner ailleurs que sur des places de stationnement/livraison dûment marquées et respectant les normes d’accessibilité.
  • Sur le Quai Veil Picard : au moment de la transformation pour faire passer le tram, comme Avenue Fontaine Argent, il y a eu suppression de la hauteur des trottoirs, ils ont été refait larges et bas. Du coup, les piétons et les cyclistes se côtoient sur des largeurs de trottoirs trop faibles pour un usage mixte (« Voies Vertes ») et les voitures s’arrêtent  sur les trottoirs, les rendant inopérationnels.

Des propositions pour améliorer l’accessibilité

La voirie doit être ré-aménagée avec des alternats de places de livraisons/déposes-minute là où c’est possible. Il faut élargir à certains endroits les trottoirs pour une circulation piétonne continue, lisible et sécurisée pour les enfants, les personnes âgées, les malvoyant·es, les personnes porteuses de handicap.
Même si Besançon est une ville contrainte (centre-ville dense), on peut faire mieux. Aujourd’hui dans la zone de rencontre de la Boucle, il n’est pas normal qu’il y ait encore du transit permettant de traverser de part en part cette zone. Il faut permettre en même temps les dessertes riveraines en « U », l’accès technique très contrôlé pour les livraisons et besoins techniques et l’accès pour les transports en commun. L’arrêt sur les trottoirs, même si les piétons sont prioritaires partout ne peut être autorisé.
Afin que les services et le commerce fonctionnent, il faut travailler sur les modes de livraison dans la ville, avec des périodes très restreintes et un pôle de déchargement du côté de St Jacques ou Bersot pour le petit colisage, puis redistribution avec des moyens légers et non polluants (vélo-cargo, tricycle électrique etc).

Les piétons doivent pouvoir circuler librement et en sécurité sur les trottoirs; conformément aux lois qui les protègent.
Pour Trottoirs Libres, il faut :

  • communiquer sans ambiguïté sur le fait que la ville est contrainte par la loi.
  • réorganiser l’espace selon la loi avec plus de places légales de stationnements « techniques », et orienter le stationnement particulier vers les parkings (8000 places dans et autour de la boucle)
  • contrôler par tous les moyens techniques/humains le respect des règles de stationnement
  • Pour faire évoluer les pratiques, longtemps centrées sur le tout-voiture, il faut séparer les modes, et favoriser les transports collectifs. 

C’est d’ailleurs dans l’ensemble de la ville puis de l’agglomération qu’il faut faire un effort d’aménagement et oeuvrer pour le respect des espaces réservés aux piétons et cyclistes.

Yves Ketterer, Michel Boutonnet et Claire Arnoux

Engagement dans le Pacte pour la transition

La mesure 15 du Pacte pour la Transition a été retravaillée par le collectif Grand Bisontin et a été rédigée par l’Association Vélo Besançon et Trottoirs Libres !. Il s’agit de donner la priorité aux mobilités actives (marche, vélo) dans l’espace public.

Niveau 1 :

  • Résorber les discontinuités cyclables sur le réseau existant et corriger tous les points les plus dangereux signalés par l’AVB sur sa carte vélo au cours des 3 premières années du mandat.
  • Adopter les standards de bonnes pratiques dans la réalisation des voies cyclables en se basant sur les propositions du plan vélo rédigé par l’AVB.
  • Garantir un montant minimum dédié aux investissements de voirie cyclable comparable à celui de Bordeaux (29 euros par an et par personne).
  • Créer sur 6 ans un itinéraire express vélo de 6 itinéraires cyclables traversant l’agglomération.
  • Jalonner clairement des itinéraires cyclables et piétons.
  • Rénover les trottoirs et les mettre aux normes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite partout où c’est nécessaire et y compris si cela implique de réduire l’espace dédié à l’automobile (voie de circulation ou stationnement).
  • Mener régulièrement des campagnes de communication en faveur des modes doux (au minimum une campagne par an à l’échelle de la ville).
  • Le/la maire et les conseillèr·es municipaux s’engagent à se déplacer, le plus souvent possible, à vélo ou à pied (sauf si affecté·es d’un handicap les en empêchant) pour leurs déplacements du quotidien.

Niveau 2 :

  • Installer des box vélo sécurisés sur demande des riverains.
  • Mettre en place le programme de la LOM « savoir rouler à vélo » dans les 3 premières années de mandant afin que tout·e petit·e Bisontin·e sorte de l’école primaire en sachant rouler à vélo en ville.
  • Appuyer les alternatives aux livraisons en camionnette par exemple en créant des point-relais de déchargement avant redistribution locale à l’aide de nouveaux modes de livraison, moins encombrants et moins polluants.
  • Proposer la mise à disposition de vélos cargo sur demande pour transporter les courses et le matériel encombrant.

Niveau 3 :

  • Garantir un montant minimum dédié aux investissements de voirie cyclable comparable à celui d’Utrecht (122 euros par an et par personne).
  • Créer sur 6 ans un itinéraire express vélo des 15 itinéraires cyclables à haut niveau de services traversant l’agglomération.

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